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LA BÊTE: UNE HISTOIRE VRAIEIl ne s'agit en aucun cas d'un conte fantaisiste, folklorique ou d'une légende mais bel et bien d'une histoire véridique. De nombreux documents historiques écrits à l'époque des faits ont été conservés et sont là pour le prouver :
Tous ces documents sont consultables dans les différents dépôts d'archives publics. D'autres sont sûrement à découvrir (en particulier dans des archives privées) et ils aideront sans aucun doute à comprendre totalement un jour cette énigme. LES FAITSLes premières attaquesDes attaques d'êtres humains ont eu lieu en Gévaudan (Lozère actuelle et extrême ouest de la Haute-Loire) de juillet 1764 à juin 1767. Carte des lieux La première victime officiellement recensée est Jeanne Boulet du hameau des Hubacs paroisse de St Etienne de Lugdarès (un peu au nord de la Trappe de Notre Dame des Neiges et actuelle Ardèche). Elle a été enterrée le 1er juillet 1764, à l'âge de 14 ans. Mais certains écrits laissent à penser que d'autres méfaits de la bête avaient eu lieu auparavant dans cette même région. Puis les attaques se concentrent un temps sur le pourtour de la forêt de Mercoire au sud de Langogne: en août elle tue une jeune fille de 15 ans à Masméjean, paroisse de la Bastide-Puylaurent, deux garçons du Cheylard l'Évêque, en septembre une femme de 36 ans aux Estrets d'Arzenc-de-Randon, puis un garçon et une fille près de St-Flour de Mercoire. La bête quitte ensuite ce secteur pour se cantonner plus au nord ouest dans la région de St-Chély-d'Apcher qui va lui payer un lourd tribu jusqu'à la fin de 1764 avec un dizaine de meurtres toujours à l'encontre de femmes ou d'enfants. Le mandement de l'évêqueNous voici en fin d'année 1764, les nouvelles sont colportées de village en village et la grande peur commence à s'installer sur toute la région. C'est à ce moment là que l'évêque de Mende, Mgr Gabriel-Florent de Choiseul Beaupré rédige et envoie dans toutes les paroisses de son diocèse un mandement qui tente d'expliquer la provenance du fléau et qui ordonne des prières publiques. Ce texte, signé de l'évêque, lu et commenté dans toutes les églises, explique en substance que la bête est une punition de Dieu contre les pêcheurs et les infidèles. Imaginons un instant l'état d'esprit de ces familles victimes de la bête, dont un enfant a été dévoré et qui en plus se trouvent en quelque sorte soupçonnées par tous d'infidélité envers l'église! Cela a sûrement amené à dissimuler quelques attaques de la bête en faisant passer pour morts naturelles ce qui n'en était pas! Ce texte très important est complet à la page mandement. Le combat de Portefaix et de ses camaradesLe 12 janvier 1765, 7 enfants gardent leurs vaches à côté du village du Villeret paroisse de Chanaleilles, au pacage dit des Coutasseyres lorsque..... "Ils ne virent la bête que lorsqu'elle fut sur eux. Ils se rassemblèrent, firent le signe de la croix, ôtèrent les gaines de leurs baïonnettes. Le petit Portefaix prit le commandement. Il se plaça devant avec les deux plus grands, mit les filles derrière et les deux plus jeunes derrière les filles. Ils viraient sur place, pour faire face à la bête qui tournoyait autour d'eux. Soudain elle sauta sur un des petitous. Les trois grands bondirent sur elle, cherchant à l'embrocher. Mais leurs méchantes lames ne lui entraient pas dans le corps. Ils vinrent cependant à bout de l'écarter. Elle se retira à deux pas, emportant un lambeau de la joue du petit, et elle le mangea devant eux. Après quoi elle revint avec plus de fureur, tournant toujours autour de la troupe. D'un coup de museau, elle renversa le plus jeune des enfants; chassée, elle se jeta derechef sur lui, le blessa à la face, fut chassée encore, mais le ressaisit par le bras et cette fois l'entraîna. Un des grands avait perdu coeur , voyant à la joue d'un de ses camarades ruisseler tout ce sang; et voilà que l'autre était emporté par la bête.... Il dit qu'il leur fallait laisser manger celui-là, et, eux profiter de ce temps pour se sauver. Portefaix fut vaillant. Il leur cria de venir, qu'ils délivreraient leur camarade ou qu'ils mourraient avec lui. Tous le suivirent, même le blessé qui saignait, et avec lui coururent après la bête. Mais bien que traînant ce petit qu'elle avait saisi par le bras, la bête courait plus vite qu'eux. Portefaix fit passer un des grands d'un côté, passa, lui, de l'autre, afin que la bête prît son chemin par une fondrière. Empêtrée dans la bourbe, les joncs et l'eau, elle dut ralentir l'allure. Les enfants purent la rejoindre. Ne vous amusez plus à la piquer par derrière, cria Portefaix, donnez lui en par la tête, dans la gueule, si vous pouvez, et dans les yeux! Les yeux, ils n'arrivèrent pas à les rencontrer ; quant à la gueule, qu'elle gardait sans cesse ouverte, ils y allongèrent plusieurs coups. Toutes ces pointes à éviter donnaient assez d'affaires à la bête. Elle continuait à tenir le petit sous sa patte, mais elle n'avait plus le temps de le déchirer. Ce qu'elle put, ce fut de saisir entre ses dents la baïonnette de Portefaix et elle la faussa. A un coup heureux qu'il lui porta, elle fit un saut en arrière, abandonnant cette fois le petit dans la sagne. Portefaix passa aussitôt entre elle et lui, qui se releva et s'accrocha au pan de sa veste. La bête se retira sur un tertre. Enhardis, les enfants l'y poursuivirent et, enfin, ils la mirent en fuite. La vaillance comme elle se fait aimer, toujours. C'est que l'homme est né pour le courage. Non pas pour cela seulement, mais pour cela d'abord. Le petit Portefaix fut fêté. Le Roi le fit récompenser et envoyer aux écoles; il devint officier d'artillerie." (Henri Pourrat Histoire fidèle de la bête en Gévaudan)
Ce combat restera un des plus célèbre de l'histoire de la bête, il y a de nombreux documents à son sujet, retrouvez-les sur la page Jacques Portefaix qui lui est consacrée.
Une mère arrache ses enfants au monstreLe 13 mars 1765, en milieu de journée, la bête attaque une femme et ses trois enfants dans leur jardin au hameau de la Bessière, sur la paroisse de St-Alban. De nombreux documents attestent du courage de cette femme qui impressionna lui aussi toute la France. retrouvez les sur la page Jeanne Jouve
Les chasses
On peut légitimement penser que les diverses chasses conduites ont fait "remonter" la bête en Lozère (Aumont, St Chély d'Apcher, Le Malzieu) avant qu'elle ne se fixe définitivement dans la région du Mont Mouchet. Ses attaques se concentrent alors aux confins des départements actuels du Cantal, de la Lozère et de la Haute-Loire, dans une région au relief très escarpé, aux forêts profondes, notamment dans la vallée de la Desges, entre Auvers (alors paroisse de Nozeyrolles) et la Besseyre St Mary.
Trois équipes de chasseurs officiellement mandatées par les autorités de l'époque seront successivement lancées à ses trousses:
Chacun de ces chasseurs organisera, avec son style particulier, de grandes battues mobilisant parfois plusieurs centaines de rabatteurs (les documents d'époque parlent de 20 000 hommes mobilisés le 11 février 1765). Plusieurs loups seront tués au cours de ces chasses mais de bête point car celle-ci continue allègrement ses meurtres se dérobant toujours aux battues. Elle ira même jusqu'à parfois narguer les chasseurs en attaquant dans l'enceinte de la chasse. La Pucelle du Gévaudan contre la bêteLe 11 août 1765, la servante du curé de Paulhac, Marie-Jeanne Vallet se rendait avec sa soeur à une ferme proche du village. En traversant un ruisseau, le sentier forme une sorte de petite île entre deux ponts de bois. C'est au milieu de cette île que se cachait la bête. Lorsqu'elle se lança à l'attaque, Marie-Jeanne qui avait vingt ans et qui était hardie, adroite et robuste, lui porta de toutes ses forces un coup de la baïonnette (couteau ficelé au bout d'un bâton) que tout un chacun emportait avec lui en ces temps-là. La lame tranchante entra à moitié dans le poitrail de la bête et se teinta de sang. La bête cria, porta la patte à sa blessure, se frotta, puis se jeta dans la rivière, s'y roula plusieurs fois et déguerpit. Antoine, prévenu de l'affaire alla sur place pour mener son enquête, il interrogea Marie-Jeanne et sa soeur, rédigea un procès-verbal, nomma même Marie-Jeanne "la Pucelle du Gévaudan". Il espéra que le coup avait été fatal à la bête, mais en vain car bientôt, attaques et meurtres reprirent de plus belle.
Le combat de Marie-Jeanne Valet a inspiré Philippe Kaeppelin pour réaliser le monument de bronze d'Auvers. Pour lire les documents d'époque sur cette affaire, allez sur la page de Marie-Jeanne.
La première mort de la bêteL'un des loups abattus a cependant été présenté officiellement comme étant "LA bête du Gévaudan": Celui tué le 20 septembre 1765 par Antoine porte-arquebuse du roi dans le bois de Pommiers (rive droite de l'Allier au nord est d'Auvers) relevant de l'abbaye royale des Chazes. Antoine, envoyé personnel du roi se devait de réussir et effectivement après avoir abattu un grand loup mâle (poids de 130 livres, long de 1,85m, haut de 86,5cm) les crimes cessent.....pour un temps. Le loup d'Antoine est naturalisé puis expédié à Versailles à la cour. Antoine, prudent attend quelques temps, puis n'entendant plus parler de bête, il repart pour recevoir honneurs et récompenses. Les récompenses promises6000 livres du roi, 400 livres des syndics de Mende et de Viviers, 2000 livres des états généraux du Languedoc, 1000 livres de l'évêque de Mende soit un total de 9400 livres ce qui était une somme assez considérable pour l'époque: considérable et alléchante! Cette somme représentait la valeur de 94 chevaux du pays ou l'équivalent des primes de la destruction de 1 556 loups! Ce qui explique que la compétition entre chasseurs était rude! Les crimes reprennentMais voici que le 2 décembre 1765, 2 enfants sont attaqués par une bête sur le versant sud du Mont Mouchet. La carne aurait-elle donc survécu à Antoine? Effectivement car tout va recommencer! Mais cette fois-ci les autorités ne veulent plus entendre parler de la bête: il était malséant à cette époque aussi, d'aller à l'encontre des vérités officielles! La cour avait admis une bonne fois pour toutes que l'affaire était réglée, les récompenses avaient été distribuées; les habitants du Gévaudan devaient souffrir d'hallucinations et puis ils n'avaient qu'à se débrouiller par leurs propres moyens! Suit alors un long nécrologe, une longue liste de femmes ou d'enfants, massacrés pour la plupart très jeunes. Les documents de cette époque sont rares car il n'y a plus de chasseurs officiels qui écrivent comptes-rendus et procès verbaux. Des chasses ont bien encore lieu, menées parfois par les nobles du pays mais elles restent infructueuses jusqu'au........ Printemps 1767Des pèlerinages furent organisés pour demander au ciel la délivrance du pays: à Notre-dame d'Estours, sur la Seuge entre Saugues et Prades; puis à Notre-dame de Beaulieu au pied du Mont Chauvet. A ce dernier, un nommé Jean Chastel de la Besseyre St Mary y fit bénir ses balles. La chasse du marquis d' Apcher et de Jean ChastelLe jeune marquis d' Apcher habitant au château de Besques près de Charraix, menait depuis longtemps la chasse à la bête avec les gens de ses terres et c'est au cours de celle du 19 juin 1767 que Jean Chastel tua la bête (de sexe mâle). Un procès-verbal conservé aux archives nationales et rédigé le 20 juin 1767 par maître Marin notaire royal de Langeac, nous renseigne de la manière suivante: Le marquis d' Apcher partit "ce même jour, dix huit du présent mois, sur les onze heures du soir, avec quelques chasseurs de sa maison et quelques autres de ses terres, qu'il assembla précipitamment en tout au nombre de douze. S'étant transporté dans sa forêt, sur la montagne de Margeride, posté ses gens, battu cette forêt et ensuite celle de Mr le marquis de Pons, cet animal féroce se serait présenté sur les dix heures un quart du jour d'hier, dix neuf du présent, à un de ses chasseurs nommé Jean Chastel .....lequel tira un coup de fusil à cet animal, duquel il tomba mort au bord de la forêt appelée la Ténazeyre, de la paroisse de Nozeyrolles......Mr le Marquis d'Apcher nous a fait représenter cet animal qui nous a paru être un loup; mais extraordinaire et bien différent par sa figure et ses proportions des loups que l'on voit dans ce pays. C'est ce que nous ont certifié plus de trois cent personnes de tous les environs qui sont venues le voir.... " Le procès-verbal indique ensuite les mensurations de cet animal:
Ce texte majeur de l'histoire de la bête du Gévaudan se trouve à la page rapport Marin
ÉpilogueCette bête fut naturalisée très sommairement, Chastel la fit voir dans le pays espérant récolter un peu d'argent. Puis au bout de quelques jours, il la mit dans une caisse et partit pour Paris. La tradition rapporte que lorsqu'elle fut présentée à Louis XV, celui-ci, incommodé par l'odeur (on était début août!), rabroua le chasseur et ordonna qu'on enterre l'animal. On ne conserva donc rien de cette bête du Gévaudan et Chastel s'en retourna sans honneurs ni récompenses. Seuls les gens du pays le firent entrer dans l'histoire en le considérant comme le vrai libérateur du Gévaudan car le coup de fusil de la sogne d'Auvers marqua la fin de l'affaire de la bête du Gévaudan. On ne releva plus d'attaques d'animaux contre des humains et la place était désormais laissée à la légende.
QU'ÉTAIT LA BÊTE?Les différentes identités de la bête:Depuis la fin de cette affaire, un certain nombre d'auteurs ont écrit sur le sujet, avec plus ou moins de bonheur, certains ont essayé de faire oeuvre d'historiens, d'autres de romanciers; ils ont donné différentes identités à la bête:
Ce qui est certain c'est que la bête, après avoir fait couler beaucoup de sang, a fait et fera encore couler beaucoup d'encre car elle déchaîne les passions et son histoire présente encore bien des points obscurs. Et nous qu'en pensons nous?En tant qu'association à caractère historique, nous essayons d'avoir une attitude très pragmatique et de nous en tenir aux écrits et témoignages des contemporains de la bête. Or la plupart des documents historiques qui nous sont parvenus parlent de loups dévorants. Bien sûr le loup n'attaque pas l'homme à l'heure actuelle mais ne l'a-t-il jamais fait pour autant par le passé? Le gros problème est peut-être de savoir pourquoi les loups ont dans un lieu et dans un temps déterminés attaqué les humains. En tout cas, les procès-verbaux des animaux tués par Antoine et Chastel indiquent clairement qu'il s'agissait de canidés et très certainement de grands loups; cela est attesté entre autre par la formule dentaire. Bien sûr rien ne prouve que les animaux abattus au bois de Pommiers et à la sogne d'Auvers étaient seuls en cause mais rien ne prouve non plus le contraire. De plus beaucoup de documents d'époque font référence à une hyène (qui se serait peut être échappée), l'histoire n'a pas gardé trace de la capture ou de la mort d'un tel animal, mais de nouveaux documents seront peut être trouvés un jour? A chacun donc de se documenter de manière sérieuse en se méfiant des écrits fantaisistes que l'on trouve un peu partout sur cette affaire et de se forger ensuite sa propre opinion!
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